matali crasset

matali crasset is an internationally renowned French designer whose practice spans architecture, furniture, set design, urban planning, and public spaces. A graduate of ENSCI–Les Ateliers, she has long defended design as an artistic, anthropological, and social practice rooted in everyday life and human experience.
For over three decades, crasset has pursued a singular path guided by a human, social, and ecological approach to design, exploring how creative processes can contribute to communities and contemporary life.
Her work has been exhibited internationally and forms part of major museum collections, including the Museum of Modern Art in New York and the Centre Pompidou in Paris. She is also deeply engaged in teaching and transmission, having lectured worldwide and taught at institutions including the Geneva School of Art and Design (HEAD) and ENS Paris-Saclay.
1. Where were you born and where are you from ?
I was born in Normée, a village of eighty inhabitants in the Marne region. It is a territory that was once called la Champagne pouilleuse, named after the sparse vegetation that grew there. It is a region deeply marked by the First World War, whose “renewal” was built through fertilizers, becoming a region managed by agro-industry. Vast, flat fields of monoculture, shallow soil, chalky land that sometimes blinds us. Color is absent from these landscapes.
Je suis née à Normée, un village de la Marne de 80 habitants. C’est un territoire qu’on appelait la champagne pouilleuse du nom de la végétation chétive qui y poussait.
C’est une région qui a été marqué par la première guerre mondiale et dont le “renouveau” s’est construit sur les engrais pour devenir une région “gérée” par l’agro-industrie. De vastes champs plats de monoculture, la terre est peu profonde, et les champs de craie nous aveuglent parfois, la couleur est absente de ces paysages…
2. What is your first memory connected to the art world ?
A work of nature, the Faux de Verzy, twisted beech trees.
The Faux de Verzy are located about fifty kilometers from my childhood village, near the Montagne de Reims. Around eight hundred twisted beech trees, as if taken from an animated film in which the trees would be dancing. The phenomenon remains unexplained by botanists. It is a vision of wild nature, a rare island within lands that have been colonized by industrial agriculture and viticulture.
Later on, Joseph Beuys’ work Plight at the Centre Pompidou and Jean Dubuffet’s grotto.
Une œuvre de la nature, les Faux de Verzy, des hêtres tortillards.
Les Faux de Verzy sont à une cinquantaine de kilomètres de mon village d’enfance à proximité de la montagne de Reims, 800 arbres, des hêtres tortillards comme issue d’un dessin animé où les arbres danseraient. Le phénomène reste inexpliquée par les botanistes. C’est une vision d’une nature sauvage et un ilot rare dans ces terres qui ont été colonisées par l’agriculture et la viticulture industrielle.
Plus tardivement l’œuvre de Joseph Beuys Plight au centre Pompidou et la grotte de Jean Dubuffet.
3. Have you always worked in the art/design field ?
My parents are farmers. It is a different culture. There is undoubtedly a relationship to the living world that I express in another way, by creating places and exchanges.
Mes parents sont agriculteurs. C’est une culture différente, assurément il y a un lien au vivant que j’exprime autrement en créant des lieux, des échanges…
4. What led you to the design creation ?
Life.
La vie.
5. How would you describe your creative process and it influences ?
Marc Augé said that design is applied anthropology. I feel very connected to this definition. I draw nourishment from the field like a researcher, I read a great deal, and then things gradually fall into place in my mind. I work with mental images. It is an invisible and slow process. When the project is drawn, I translate it through drawing in order to share it.
Marc Augé a dit que le design c’était de l’anthropologie appliquée. Je suis tres connectée à cette définition. Je me nourris du terrain comme un chercheur, je lis beaucoup, puis les choses se mettent en place dans ma tête. Je travaille avec des images mentales. C’est un processus invisible et lent. Quand le projet est dessiné, je le transpose par le dessin pour le partager.
6. Could you describe a typical day of your work ?
My days are very ordinary. When I wake up, a cup of lukewarm water, then a one-hour walk in the Buttes-Chaumont, our Parisian mountain built on the ruins of extractivism. When I return, a coffee, often a moment of reflection and reading at the table in the living room of our house-studio. Then I draw projects on the computer. I draw projects from A to Z. We are an artisanal studio. There are often meetings with clients, which I prefer to hold in person. A meal prepared by Francis with the clients and those who pass through the life of the studio, neighbors, children, friends.
An afternoon of studio work. A snack of fruit and seeds. Often dinner with friends at home or attending a performance at Le Centquatre or at La Ménagerie de Verre, which are my two favorite places connected to live performance.
Mes journées sont très banales. Au réveil une tasse d’eau tiède, une promenade d’une heure aux Buttes Chaumont, notre montagne parisienne bâtie sur les ruines de l’extractivisme. De retour un café, souvent un temps de réflexion et de lecture à la table de la salle de notre maison studio. Puis je dessine à mon ordinateur les projets. Je dessine de A à Z les projets, nous sommes un studio artisanal. Souvent des réunions avec les commanditaires que je privilégie en présentiel. UN repas préparé par Francis avec les commanditaires et ceux qui peuvent traverser la vie du studio, voisins, enfants, ami.e.s…
Une après-midi de studiosité. Un gouter de fruits et de graines, Souvent un diner avec des ami.e.s à la maison ou une pièce au centquatre ou à la ménagerie de verre qui sont mes deux lieux préférés autour du spectacle vivant.
7. Why did you choose the specific materials you work with ?
I do not think in terms of material, nor in terms of form.
Je pense pas en terme de matière, ni de forme.

La Ferme HI bride, Villelaure © Anthony Lanneretonne

La Ferme HI bride, Villelaure © Anthony Lanneretonne

La Ferme HI bride, Villelaure © Anthony Lanneretonne

550 Glass, La Rochère © Emilie K


550 Glass, La Rochère © Emilie K

8. What are the technical particularities of your creations ?
–
9. What advices could you give to beginning artists who would like to create sculptural design works ?
To develop a singular way of thinking and an approach freed from form.
I believe that we can adopt two attitudes toward life. Either we choose to let ourselves be carried along, and life then becomes a long lukewarm soup, or we decide to play the game of depth and open our horizons. As creators, taking a position in relation to these two attitudes seems essential to me.
I chose to give relief to life, to decenter oneself in order to question what seems obvious and to propose other dynamics, while always feeling like the driving force behind one’s own evolution and an active participant in one’s choices.
De développer une pensée et approche singulière affranchie de la forme.
Je pense que nous pouvons avoir deux attitudes par rapport à la vie, choisir de se laisser porter et la vie est alors une longue soupe tiède ou décider de jouer le jeu de la profondeur et ouvrir nos horizons.
En tant que créateur, prendre position par rapport à ces deux attitudes me semble essentiel.
J’ai fait le choix de donner du relief à la vie, de se décentrer pour réinterroger l’évidence et de proposer d’autres dynamiques, en se sentant toujours moteur de ses évolutions et acteur dans ses choix.
10. If your works had to belong to a design movement, in which one would you define it ?
Accompanying life scenarios.
Beyond function, which is a minimum requirement, I increasingly see this profession, through the projects I am leading, as that of a midwife. It is less and less about shaping matter or aesthetics and more about bringing forth, federating and organizing, around intentions and shared values, relationships and networks of skills, complicity and social bonds. The majority of the projects I am currently working on highlight this collective and collaborative dimension. I am thinking of the HI Bride farm in Villelaure, the sylvan houses for Le Vent des Forêts in Fresnes-au-Mont in the Meuse, the Le Blé en Herbe school in Trébédan in Brittany with the Fondation de France, or the Pavillon des Radiophoniques. There is therefore an increasingly local dimension that interests me greatly. We can clearly see that contemporaneity is no longer the exclusive domain of the urban world.
Of course, I also design objects, but objects are neither the center nor the finality of the creative process. They are a possible actualization, among others, such as architecture, scenography or exhibition, at a given moment, of a broader system of thought.
Accompagner des scénarios de vie.
Au-delà de la fonction qui est un minimum syndical, j’entrevois de plus en plus ce métier, à travers les projets que je mène, comme celui d’un accoucheur, d’un maïeuticien. Il s’agit de moins en moins de mettre en forme de la matière – de l’esthétique – mais plutôt de faire émerger, de fédérer, d’organiser, autour d’intentions et des valeurs communes, des liens et des réseaux de compétences, de connivence, de socialité. La majorité des projets sur lesquels je travaille actuellement mettent en évidence cette dimension de travail collectif et collaboratif. Je pense à la ferme HI bride à Villelaure, aux maisons sylvestres pour le Vent des forêts à Fresnes au Mont dans la Meuse, à l’école Le blé en herbe à Trébédan en Bretagne avec la Fondation de France, au Pavillon des Radiophoniques. Il y a donc une dimension de plus en plus locale qui m’intéresse beaucoup. On voit bien que la contemporanéité n’est plus l’apanage exclusif du monde urbain.
Bien évidemment, je dessine aussi des objets, mais les objets ne sont ni le centre, ni la finalité du processus de création ; Il en sont une actualisation possible parmi d’autres (une architecture, une scénographie, une exposition…) à un moment déterminé, d’un système de pensée plus vaste.
11. What designers and artists have influenced you ?
I have a very strong attachment to women designers, Eileen Gray, Charlotte Perriand, and Nanna Ditzel, who all, within the space that patriarchy allowed them, invented ways of living and inhabiting.
Bruno Munari, as well, for his freedom.
J’ai un très fort attachement pour des femmes designers, Eileen Gray, Charlotte Perriand et Nanna Ditzel, qui toutes trois avec la place que le patriarcat a bien voulu laisser ont inventes des modes de vivre et d’habiter.
Bruno Munari pour sa liberté aussi.
12. What contemporary designers do you appreciate ?
Philippe Starck. Without the doors he opened, we would not be able to practice this profession in the diversity that exists today.
Denis Santachiara.
Philippe Starck, sans les portes qu’il a ouvert nous ne pourrions faire le métier que nous faisons dans sa diversité.
Denis Santachiara.
13. What contemporary artists (in any kind of art) have you been inspired by ?
I would speak of artists with whom I have had the chance to collaborate, Peter Halley, Roberto Cuoghi, or Juli Susin and his structure Royal Book Lodge.
Je parlerais d’artistes avec lesquels j’ai eu la chance de collaborer, Peter Halley, Roberto Cuoghi ou Juli Susin et sa structure Royal Book Lodge.
14. If you had to summarize your creations in one word or sentence, what would it be ?
Design conceived as a discipline at the intersection of the social, art and anthropology.
At the crossroads of artistic, ecological and social practice, my design is engaged and constantly in action, from individual housing to collective forms of being together, from urban territories to rural territories, from the men and women who conceive them to the species that generate them, and to the necessary coexistence of all living beings. From observing this ecological and political reality emerges a reflection on the utopias necessary for the reinvention of communities.
Le design pensé comme une discipline à la croisée du social, de l’art et de l’anthropologie.
À la croisée d’une pratique artistique, écologique et sociale, mon design est engagé et toujours en action, de l’habitat individuel aux formes collectives de l’être-ensemble, des territoires urbains aux territoires ruraux, des hommes et des femmes qui les pensent aux espèces qui les engendrent et de la cohabitation nécessaire entre toutes et tous pour le vivant. De l’observation de cette réalité écologique et politique naît une réflexion sur les utopies nécessaires à la réinvention de communautés.
15. Is there anything you would like to add ?
A book has just been published on my work by Éditions de la Martinière, addressing this broad question. How can design, art and architecture, conceived as disciplines for thinking and acting in a world undergoing profound transformation, set us in motion. How do we inhabit the world.
Here and there, I try to move forward, with a living heritage company such as La Rochère, for whom I created a glass to celebrate their 550th anniversary, with an exhibition at Saint-Pierre Church in Firminy titled Nos Pieds d’Argile, or with furniture for a middle school in Haute-Savoie.
Un livre vient de paraitre sur mon travail au éditiions de la Martinière autour de cette vaste question : Comment le design, l’art, l’architecture, envisagés comme disciplines pour penser et agir dans un monde en profond bouleversement, peuvent-ils nous mettre en mouvement ? « comment habiter le monde ? »
Ici et là j’essaie d’avancer, avec une entreprise du patrimoine vivant comme La Rochère pour laquelle j’ai réalisée un verre pour fêter leur 550 ans à une exposition comme à l’église saint Pierre de Firminy “Nos pieds d’argile“ ou le mobilier pour un collège en Haute Savoie.
PROUST QUESTIONNAIRE
(The Proust Questionnaire is a set of questions answered by the French writer Marcel Proust.
Other historical figures who have answered confession albums are Oscar Wilde,
Karl Marx, Arthur Conan Doyle, Stéphane Mallarmé, Paul Cézanne…)
1. What is your idea of perfect happiness?
Thinking, walking.
Penser, marcher.
2. What is your greatest fear?
Fascism.
Le fascisme.
3. What is the trait you most deplore in yourself?
I do not think in negative terms.
Je ne pense pas en négatif.
4. What is the trait you most deplore in others?
Lack of empathy.
Le manque d’empathie.
5. Which living person do you most admire?
Admiration is not part of my field. I share paths with many writers, ecologists, and philosophers, Paul B. Preciado, Baptiste Morizot, Donna Haraway, Nastassja Martin, Claudie Hunzinger, and many, many others.
L’admiration ne fait pas partie de mon champ, je partage des cheminements avec de nombreux écrivain.e.s, écologues, philosophes, Paul B Preciado, Baptiste Morizot, Donna Haraway , Nasstassja Martin, Claudie Huzinger et beaucoup beaucoup d’autres.
6. What is your greatest extravagance?
–
7. What is your current state of mind?
Accompanying.
Accompagner.
8. What do you consider the most overrated virtue?
Strength.
La force.
9. What is the quality you most like in a man ?
Being a feminist.
Etre féministe.
10. What is the quality you most like in a woman ?
Being a feminist.
Etre feministe.


11. Which words or phrases do you most overuse?
–
12. Which talent would you most like to have?
Tap dancing or playing a musical instrument.
Jouer des claquettes ou d’un instrument de musique.
13. If you could change one thing about yourself, what would it be?
–
14. What do you consider your greatest achievement?
–
15. If you were to die and come back as a person or a thing, what would it be?
A tree that protects and nourishes, a chestnut tree, a walnut tree, or an olive tree.
Un arbre qui protège et nourrit, un châtaignier, un noyer ou un olivier.
16. Where would you most like to live?
–
17. What is your most treasured possession?
A roof, friends, and a table to celebrate life and friendship.
UN toit, des amis, une table pour célébrer la vie et l’amitié.
18. What do you regard as the lowest depth of misery?
Ignorance.
L’ignorance.
19. What is your favorite occupation?
Thinking.
Penser.
20. What is your most marked characteristic?
My capacity for work.
Ma force de travail.
21. What do you most value in your friends?
Exchange, and above all making projects together.
L’échange, et surtout faire des projets ensemble.
22. Who are your favorite writers?
Georges Perec, Claudie Hunzinger, Wendy Delorme, Juliette Rousseau, Balzac, Jane Austen…
23. Who is your hero of fiction?
Elzéard Bouffier.
24. Which historical figure do you most identify with?
–
25. Who are your heroes in real life?
All those who restore dignity and hope to people who have been made vulnerable. I am thinking in particular of those who serve at the solidarity restaurant New Diner in Porto as part of the Porto Design Biennale.
Tous celles et ceux qui redonnent de la dignité et de l’espérance à des personnes fragilsées, je pense là à ceux qui servent dans le restaurant solidaire New diner à Porto dans le cadre de la Biennale de design de Porto.
26. What are your favorite names?
Popline, Arto.
27. What is it that you most dislike?
–
28. What is your greatest regret?
My mother is no longer alive.
Que ma mère ne soit plus en vie.
29. How would you like to die?
Without suffering.
Sans souffrance.
30. What is your motto?
Paraphrasing Georges Filliou, design is what makes life more interesting than design.
En paraphrasant Georges Filliou, le design est ce qui rend la vie plus intéressante que le design?

Giselle, Opéra de Bordeaux © Julien Benhamou